Irène, engagée au sein des Forces Françaises Libres, « pour l’honneur de la France»

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Irène Hussain photographiée avant son départ en Afrique du Nord./DR

Irène Husain replonge parfois dans ses souvenirs d’enfance et de jeune femme. Des souvenirs d’un temps où l’engagement avait une valeur sacrée ; la Franco-Britannique était prête à mourir pour ses idées. Celle qui vient de fêter ses 100 ans a accepté de raconter cette période si particulière de son existence.

Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate en 1939, Irène a 20 ans. La jeune femme assiste avec tristesse à l’effondrement d’un monde depuis son Angleterre natale, pays dans lequel ses parents, tous deux Français, ont décidé de s’installer l’année de sa naissance. « Mon père était musicien. A la fin de la Première Guerre mondiale, il n’y avait plus de travail pour lui ; beaucoup des membres de son groupe avaient été tués dans les combats. Mes parents ont donc décidé de partir en Angleterre pour chercher du travail », explique Irène. La famille composée de trois enfants vit modestement, mais la bienveillance règne dans le foyer. La Seconde Guerre mondiale va changer la donne.

Dès 1940, l’Angleterre, et plus particulièrement Londres, est soumise à des bombardements permanents. Ils laissent un souvenir cuisant dans l’esprit d’Irène. « En juin 1940, notre maison tout comme une grande partie des bâtiments de Londres ont été détruits. Nous assistions aux incendies sur les rives de la Tamise. La Grande-Bretagne n’était pas préparée à la guerre. » Cet événement tout comme l’armistice de la France l’année suivante jouent un rôle déterminant dans la vie d’Irène.

Photographie de la maison familiale à Londres juste après un bombardement./DR

« Je voulais servir mon pays »

En octobre 1941, alors qu’elle travaille comme comptable pour le compte d’une grande entreprise, la jeune femme décide de s’engager auprès des Forces Aériennes Françaises Libres (FAFL). « Bien que je sois née en Angleterre, je me sentais Française et voulais servir mon pays surtout après la capitulation de la France », explique Irène.

Employée comme secrétaire au sein du deuxième bureau, la jeune volontaire assiste aux interrogatoires des exilés qui souhaitent rejoindre les FFL. Elle est ensuite chargée de les enregistrer. « Beaucoup de ceux qui nous rejoignaient à Londres étaient passés par les Pyrénées, puis l’Espagne. »

Elle-même prend le chemin de l’exil en février 1943 : elle accepte de venir poursuivre sa mission au sein des quartiers généraux des FFL en Algérie. Après un voyage éprouvant, la Franco-Britannique arrive à Alger le 9 mars. Le ton est donné dès son arrivée : une volée de bombes accueille la jeune femme

« Quand vous êtes jeune, vous ne vous rendez pas compte du danger, vous prenez des risques, c’est l’avantage de la jeunesse ! »

Irène restera en Algérie jusqu’à la fin de la guerre. Le service pour lequel elle travaille est chargé d’aider les volontaires à rejoindre les alliés, en particulier en Tunisie. « On voulait que les Français rejoignent la France Libre pour sauver l’honneur de la France ! On les invitait à venir nous rejoindre. »

L’implication de la jeune femme est reconnue par ses pairs : promue au grade de sergent en septembre 1943, elle est transférée dans la section aérienne du Commandement de la défense nationale. A la fin de la guerre, la jeune combattante décide de découvrir son pays d’origine en séjournant à Paris. Elle travaille au sein du cabinet du général de Lattre de Tassigny, puis pour le Gouvernement provisoire de la République Française.

Le Général de Gaulle salue les Françaises qui se sont engagées à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Irène est la sixième au premier rang en partant de la gauche./DR

Secrétaire d’un prince pakistanais

L’après-guerre sera une période dorée pour la jeune femme. Par l’entremise du général Bonnafé, son employeur pendant la guerre, elle décroche un poste de secrétaire auprès du prince Aly Aga Khan futur représentant du Pakistan. Un emploi qui lui offre de nombreuses opportunités : dans les années 50, la franco-anglaise voyage dans de nombreux pays africains, rencontre la célébrissime actrice Rita Hayworth, l’épouse du prince, et rencontre son futur mari :Tutti. Tous deux se marient en présence de leur témoin, le prince Aly.

La vie de cette héroïne de l’ombre reprend un cours normal. Irène devient secrétaire au sein d’une école, et s’occupe de ses deux enfants. Jusqu’à récemment, elle évoquait ses souvenirs avec les membres de l’association des Français libres. En raison de problèmes de santé, la centenaire a rejoint son fils Jamil, à St Helens, près de Liverpool il y a quelques mois. C’est là qu’elle vit une retraite paisible. Irène a reçu la médaille commémorative des Services Volontaires dans la France Libre et a refusé la Croix de guerre.

Irène Hussain il y a quelques semaines. Elle vit à côté de Liverpool, près de son fils Jamil./DR
Julie Philippe